Au village
"Pastapur", des femmes s'organisent

C’est à l’invitation de
la DECCAN Development Society (
1),
l’organisation qui accompagne Pastapur
dans son développement, que les participantes
à l’atelier du
Chantier
«femmes et économie» de
Hyderabad se rendent dans la communauté
en
janvier 2004. La visite
comporte la tournée de différents
lieux ainsi que des échanges avec les
personnes, principalement des femmes, actives
dans les différentes initiatives de
la communauté ou engagées dans
l’appui technique et logistique au Projet.
| Nous
vous invitons à lire le bref
rapport de cette visite
au village Pastapur, situé
à quelques cent kilomètres
de Hyderabad (Andhra Pradesh, Inde),
un exemple et une inspiration pour celles
qui aspirent à un développement
plus juste et équitable. |
Cette initiative vise le développement
d’une communauté sur la base
de sa maîtrise de moyens de subsistance
et de production durables et de qualité
ainsi que de services essentiels et complémentaires
à son développement économique,
c’est-à-dire des services éducatifs,
culturels, de communication, de santé,
de lutte à la violence faite aux femmes
et aux discriminations reliées au système
de castes, etc. En outre, elle s’inscrit
clairement dans une approche de développement
durable où le choix de l’agriculture
organique est central dans la quête
d’autonomie, de qualité et de
diversité alimentaire exempte de produits
chimiques.
Dès le départ, le Projet
s’est attaqué à la nécessité
d’instaurer la sécurité
alimentaire pour les femmes et leurs familles.
À l’instar de la plupart des
régions de l’Inde, celle où
se situe le village de Pastapur se caractérise
par la difficulté, voire l’impossibilité,
pour les femmes de posséder leurs
propres moyens de subsistance. Ainsi, diminuer
puis éliminer la dépendance
traditionnelle des femmes par rapport aux
possédants terriens (landlords) constitue
un enjeu central du projet. L’accès
à la terre et à sa mise en
valeur d’abord pour l’alimentation,
puis pour l’obtention de revenus,
ont constitué la première
cible d’actions. Par la suite, avec
l’intention de créer de l’emploi
pour les femmes et en vue de mettre en valeur
une ressource dont on découvre d’abord
l’utilité quotidienne puis
le potentiel commercial, on met en opération
un Moulin à l’huile en vue
de transformer la graine de neem.
Des
initiatives complémentaires considérées
comme des fondements du développement
de la communauté sont ensuite mises
en place. Ce sont l’école alternative,
le Centre de formation agricole pour le
développement et la transmission
des connaissances en agriculture organique
ainsi que des initiatives en matière
de soutien aux femmes violentées
et de développement des communications.
Cette initiative intégrée,
pensée et développée
par des femmes, ne pouvait éviter
de viser des modifications aux pratiques
discriminatoires à l’endroit
des femmes. En dépit de la constitution
reconnaissant l’égalité
des femmes et de législations fédérales
visant une plus grande égalité
entre les femmes et les hommes, les pratiques
discriminatoires sont profondément
ancrées dans le vécu quotidien
en Inde. Par leur initiative à Pastapur,
les femmes voulaient s’attaquer aux
problèmes structurels, notamment
aux pratiques en matière de propriété
et d’héritage, aux rapports
femmes/hommes, aux rapports de castes et
aux rapports intergénérationnels.
Vingt ans après le début
de cette initiative, les femmes reconnaissent
le chemin parcouru. Elles ont obtenu une
certaine reconnaissance dans le village
et leur dépendance envers les castes
supérieures pour obtenir des semences
s’est dissipée. Si tout n’est
pas gagné, elles sont davantage respectées
et confiantes que les progrès réalisés
offrent à leurs filles de meilleures
perspectives d’avenir que celles qu’elles
ont elles-mêmes connues.
(1) Le
siège social de cet organisme est situé
dans la ville de Secunderabad, ville jumelle
de Hyderabad. Voir le site : www.ddsindia.com.